Croisant les milles



Le vélo de Matt après l'accident

Billet Nº111   •   5 août 2017 Révision orthographique requise!
Billet non-traduit. ☹
Si vous voulez m'aider à réviser (français) ou à traduire (anglais, espagnol) ce billet, cliquez ici.




Hier, en fin d’après-midi, Matt et moi on roulait sur une route secondaire dans le compté de Jasper en Caroline-du-Sud. On était à environ 50 km de Walterboro où on devait être hébergés par un couple d’antiquaires dans un maison patrimoniale. Notre idée était de se rendre ensuite à Charleston où cette fois-ci un couple américano-britannique devait nous recevoir. Nos chemins devaient ensuite se séparer, moi j’irai vers l’intérieur où je devais rencontrer des ami-e-s, et lui continuerait sur la côte. Tout cela a très abruptement pris fin par un bel après-midi sur une route bucolique du compté de Jasper en Caroline-du-Sud. À 50 km de notre destination, une conductrice âgée nous a heurtés de plein fouet. Je dis nous, parce qu’elle nous a renversé tous les deux, mais elle a surtout frappé Matt. Il roulait derrière, moi devant, il a en quelques sortes pris une balle pour moi…

Matt, c’est un jeune cycliste de 22 ans originaire du sud-est de l’Angleterre. Il était arrivé il y a à peine plus d’une semaine aux États-Unis. Il s’apprête à entreprendre des études doctorales en chimie (personne n’est parfait!) à l’University College de Londres cet automne. Il voulait profiter d’un dernier moment de répit avant le début de son progamme pour voyager un peu et il avait décidé de parcourir à vélo la côte est des États-Unis. Miami-New-York ou Miami-Boston selon ce que le temps lui permettrait.

Photos prises par Matt
 
Photos prises par Vincent
 

Comme en témoignent ces quelques photos, avant de se croiser, Matt et moi avons passé par les mêmes lieux. En haut: En haut, panneau de bienvenue en Géorigie. En bas: Quelques irréductibles affichent toujours leur appui à Trump...


J’ai connu Matt sur la route 17 (en), près de Midway, on pédalait tous les deux de Brunswick à Savannah. Je lisais une plaque historique sur le bord de la route lorsque j’ai entendu une voix venant de l’arrière. En me retournant, j’ai vu des sacoches Ortlieb (de), une tente, des pneus Schwalbe (en); de toute évidence c’était un cyclo-voyageur comme moi. Il m’a aperçu alors qu’il prenait une pause dans une station service. Il a crié pour attirer mon attention, mais sans succès. Il a donc enjambé son vélo et m’a rattrapé

Matt n’avait pas trouvé d’endroit où rester à Savannah, mais Austin, mon hôte, a bien aimablement accepté de l’héberger. Moi, j’ai eu droit à une chambre, et lui un matelas gonflables dans la salle à manger. Pour souper, on a été convié par notre hôte à un repas typique du sud. Bon c’était pas 100% typique du sud, c’était à la base un plat tex-mex (des burritos), mais préparé avec des ingrédient du sud: porc fumé (en), okras marinés, etc.

J’avais prévu rester deux nuits pour visiter la ville le lendemain de notre arrivée; Matt a décidé de m’accompagner dans mon exploration. C’est évidemment plus sympathique de visiter Savannah à deux plutôt que seul, surtout avec Matt qui est ouvert à tout et très curieux de nature. Pendant son voyage, il voulait vivre le maximum d’expériences «culturellement dépaysantes» pour une jeune britannique: aller voir un partie de baseball des Nationals à Washington (les anciens Expos…), assister à un service religieux avec des chants gospels, etc. Comme on n’était pas dimanche et que Washington était encore assez loin, Matt m’a entraîné dans une allée de tir. À dire vrai, je n’aurais pas eu spontanément l’idée d’essayer ce genre d’activité. J'avais déjà fait fait du tir à l'arc et on peut éprouver le même genre de plaisir avec un pistolet, mais la passion (voire l'obsession dans certain cas) de certaines personnes pour les armes à feux dépasse mon entendement... La simplicité avec laquelle on loue une allée de tir est aussi un peu déconcertante. Comme disais Matt: «c’est aussi simple que de louer une allée de quilles...»

On a passé l’après-midi à zigzaguer entre les différents squares de la ville et le fleuve. Son excès enthousiasme déteignait positivement sur moi, un peu las (je dis bien juste un peu) après presque trois ans de voyage. J’ai l’ai donc naturellement invité à faire le chemin avec moi jusqu’à Charleston. Le lendemain matin, on est parti vers 11h00 (Matt n’est visiblement pas un lève-tôt…) en direction de Walterboro, une étape intermédiaire sur la route de Charleston.



Quelques images de Savannah

1/7


Savannah est réputée pour ses nombreux squares. Il y en avait 24 à l'origine, il en reste toujours 22.


En début d’après-midi, on s’est arrêté dans une station service pour manger. Moi j’avais du pain et une boîte de conserve bosselée que j'avais acheté à rabais dans un Dollar General. Matt s’était acheté un sous-marin et une boisson gazeuse (fizzy drink comme on dit en Angleterre). Il m’a confié en boire un verre par jour. J’ai alors fait mon prophète de malheur en lui répondant: «Oui car comme disait Benjamin Franklin, une boisson gazeuse par jour éloigne le médecin pour toujours». Ça vous semble peut-être complètement anecdotique, mais après l’accident, cette phrase-là est revenu me hanté .

L’après-midi était assez chaud et, sans m’en rendre compte, on avait repris la route sans que Matt ne remette son casque (il l’avait porté jusqu’au diner...). On a manqué un croisement et on s’est engagé sans s’en rendre compte sur l’Interstate, interdite aux cyclistes. Au bout de quelques kilomètres un agent de circulation (state trooper) est venu nous nous demander de quitter la route à la prochaine sortie. Il disait que c’était dangereux de rouler ici (malgré le très large accotement…) et qu’on serait plus en sécurité sur la route de campagne (qui pourtant n’a aucun accotement).

Je ne sais jamais vraiment quoi faire quand il n’y a pas d’accotement. Beaucoup de gens suggère de rouler en plein milieu, de cette manière, ça force les automobilistes à attendre ou a changer complètement de voie pour le dépassement. Mais moi j’ai l’habitude de rouler coller sur le bord de la route.

Un peu avant 17h00, on roulait sur une route droite, sèche et sans aucun croisement. La luminosité était parfaite, le soleil n’éblouissait pas, aucun arbre ne créait de l’ombrage. J’étais en avant, Matt en arrière, on discutait tranquillement. En une fraction de seconde, tout a basculé. Je me suis retrouvé violemment projeté au sol. Je suis tombé sur l’herbe à côté de la route, ça l’a adoucit ma chute j’imagine. Le choc était si violent que mes souliers se sont déclipé des pédales (c’est toujours quelques choses qui m’a fait peur, rester attacher au vélo lors d’une chute…). J’ai eu quelques éraflures, mais c’est tout. Mon vélo allait nécessiter une plus sérieuse mis au point pasoulagementr contre

En me relevant, j’ai aperçu Matt, gisant dans l’autre voie, sa tête baignant dans une marre de sang très obscure. Je craignais évidemment le pire. Je me suis précipité vers lui, mais je ne savais pas quoi faire. Je me répétais qu’on n’est pas censé touché un blessé dans ce genre de situation, mais comme il ne semblait pas respirer, je l’ai malgré tout retourné sur le dos en espérant que ça l’aide. il avait deux profondes coupures au visage: une sous le nez, l'autre au niveau du sourcil gauche. Il s’est mis a bouger un peu, puis s’est réveillé, puis a parlé! J'étais soulagé!!!!! Je lui ai offert de l’eau, il en a bu un peu. Il a aperçu une énorme ecchymose sur la cuisse. À ce moment-là, je me disais que c’était mieux qu’il se préoccupe de sa contusion sur la cuisse et qu’il ne se rende pas compte de la gravité de la situation, mais avec tout le sang qui coulait, il pouvait difficilement ne pas s'en apercevoir... Les ambulanciers sont arriver à peu près à ce moment-là.

Un fois Matt dans l’ambulance, la dame âgée, visiblement sous le choc, est venue me voir pour me dire qu’elle était désolée, qu’elle ne nous avait pas vu… Pas vu!?!?! Comment est-ce possible? Deux cyclo-voyageurs avec un tas de bagages et des vêtements brillants? Normalement, on passe difficilement inaperçu. Elle devait sûrement avoir son attention détournée par autre chose, être en train de texter par exemple (l’enquête de police nous le dira peut-être…). La route était droite, sèche, sans intersection… Si le chemin avait été sinueux, elle aurait peut-être été plus concentrée sur la route? C’est paradoxal, je sais, mais des conditions trop parfaites ne sont peut-être pas les plus sécuritaires en fin de compte. On aura beau conduire de la manière la plus prudente qu’il soit, on sera toujours vulnérable aux fausses manœuvres d'une vielle dame, d'un alcoolique, d'une adolescent qui texte.... C’est comme ça que Matt, un cycliste qui poussait la sécurité au point de ne même pas faire de stop de l’Idaho (en) s’est retrouvé avec une fracture du crâne…

Je sais que ça n'a aucune logique, mais après l'accident je culpabilisais. Je me disais que si je ne l'avais pas croisé, que si je ne l'avais pas invité chez Austin à Savannah ou à me suivre à Charleston, que si on était parti plus tôt comme je le voulais, que si on avait pris un pause moins longue pour manger, etc., la collision n'aurait jamais eu lieu.

Rétablis-toi vite Matt!!!
Le blogue de Matt: Crossing off the miles