La mer



Vue de quelques îles du golfe de Fonseca depuis la plage de Playitas.

Billet Nº36   •   7 avril 2015 Révision orthographique requise!
Billet non-traduit. ☹
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Je devais normalement passer une seule nuit à San-José-Gualoso (es), mais comme expliqué dans le billet précédent, j'ai dû rester un journée supplémentaire pour faire réparer mon porte-bagage. J'aurais été prêt à repartir une fois la réparation terminée, mais j'ai été si hospitalièrement accueilli que j'ai accepté l'invitation qu'on m'a fait de rester quelques jours de plus. Le plan était de passer la fin de semaine là-bas et de prendre une barque le lundi (il n'y en avait pas avant) à La Union pour traverser le golfe de Fonseca et me rendre directement au Nicaragua. Contourner le golfe en passant par le Honduras devrait prendre sensiblement le même temps de toute façon.


Un hôte au parcours spécial

Pour mon dernier arrêt au Salvador, j'ai été hébergé par José. Né là-bas, il y a passé ses douze premières années avant de venir vivre à Montréal. Sa famille avait quitté le pays alors que le conflit opposant le FMLN au pouvoir en place faisait rage (mon lectorat plus âgé se souviendra des tristement célèbres escadrons de la mort, responsables de plusieurs assassinats dont le plus emblématique est sans doute celui d'Oscar Romrero.)1. Une fois adulte, José s'est mis à travailler en entretien ménager. Son aire de travail couvrait la Rive-Sud de Montréal. Contrairement à bien des gens, même aux personnes originaires de la région, il pouvait (et peut toujours) nommer presque tous les villages situés entre Huntington et Lac-Mégantic. La compagnie qui l'employait s'occupait en autre de l'entretien des locaux de Bell. Durant la crise du verglas, celle-ci a ouvert quelques-uns de ses locaux pour recevoir des réfugié-e-s. Travaillant quasiment 24 heures par jours, il faisait la navette sur des routes presque impraticables entre Montréal et le triangle noir pour ravitailler ces centres d'hébergement de fortune en papier hygiénique (ça peut sembler banal, mais quand il vient à manquer, on s'en rend compte – en vélo aussi on essaie d'éviter cette situation). De manière plus impressionnante, il a participé une année au nettoyage des fenêtres de la tour du Stade Olympique. La parois inclinée de la tour complique l’utilisation d'une nacelle, c'est donc suspendu à un harnais à près de 175 m du sol qu'il a effectué le nettoyage des vitres. À peu près à la même période également déjà rendu à la Baie-James pour décrasser les immenses turbines de barrages hydroélectriques.

Il y a quelques années de cela, il était attablé avec des amis à l'Île Noire, un débit de boisson de Montréal. À un certain moment, une serveuse a demandé à tout le monde se taire, car il y avait un reportage sur un de ses amis à la télé, un cycliste qui avait traversé la Russie en vélo avec sa chienne. Peut-être complètement éméché, peut-être encore sombre (il ne me l'a pas spécifié), José s'est exclamé que lui aussi pourrait le faire! Sa destination ne serait pas la Russie, mais son Salvador natal. Malgré le scepticisme de certain-e-s de ses ami-e-s, l'idée a continué à germer dans sa tête et près d'un an plus tard, son voyage commençait. Il a vécu mil et une péripéties que je n'ai malheureusement pas le temps de conter ici, mais au bout d'une autre année, il était enfin revenu sur les lieux de son enfance. Il s'y est installé et y a fondé une famille.

Ayant reçu beaucoup de soutien et d'encouragements lors de son propre voyage, il s'est mis à arrêter les cyclistes passant dans son coin pour savoir s'il pouvait leur être utile d'une quelconque manière. Par un curieux hasard, les premières personnes à qui il est venu en aide étaient un couple originaire de Sherbrooke. L'homme était malade (sans doute avait-il bu de l'eau contaminée?) et José les a hébergés le temps qu'il guérisse. C'est à ce moment qu'il a reçu le surnom d'ange du Salvador. D'autres cyclistes ont défilé et ont toujours été bienvenu-e-s dans sa demeure. L'un d'entre-eux lui a un jour parlé du site Warmshower et c'est par l'entremise de ce dernier que nos chemin se sont croisés.

Je suis arrivé chez-lui jeudi soir. J'ai pu faire la connaissance de son épouse Mary, de son garçon Charles et de sa petit fille Xochilth. Cette dernière, n'a que quatre ans mais a un caractère bien affirmé; on voit déjà qu'elle ne s'en laissera pas imposer lorsqu'elle sera plus grande. Son frère est plus réservé, mais très curieux (il me rappelle un peu moi-même quand j'avais son âge). Son neveu et sa nièce vivent aussi sous le même toi.


Un vendredi saint au Salvador

Vendredi, on est tous allé à San-Miguel pour aller faire le marché (tout allait être fermé samedi saint et le dimanches de Pâques). Le neveu de José, Charles et moi, on était assis dans la boîte du camion. Là-bas, c'est une pratique courante, mais pour moi, c'était exotique (oui je sais je m'amuse de pas grand chose...). Sur le chemin, on a croisé quelques processions. Après être revenu à la maison, José et moi on est allé chez son frère pour réparer mon porte-bagage. En revenant, j'ai fait mon lavage; tout se lave à la main là-bas. En fait, j'avais commencé à faire mon lavage, mais la nièce de José ne m'a pas laissé le terminer. Elle a agit ainsi en parti parce que j'étais un invité, mais surtout parce que j'étais un homme. Là-bas, c'est assez mal vu pour une femme de laisser un homme faire des tâches domestiques. José m'avait d'ailleurs déjà raconté qu'une fois alors qu'il recevait ses beaux-parents à souper, il avait, sans y penser, commencer à faire la vaisselle après le repas. Cela avait mis très mal à l'aise sa belle-mère. Celle-ci s'est plainte à sa fille qu'elle ne l'avait pas «élevée comme ça»… Je sais que c'est plutôt paradoxal, mais force est de constater qu'un des principaux vecteurs de reproduction de l'oppression spécifique des femmes, ce sont les femmes elles-même…

     

À gauche: Charles et son cousin dans la boîte du camion. À droite: lors des arrêts Xochilth se plaisait bien à venir nous rejoindre.



Voyages à la plage

Le vrai fun a commencé samedi. José travaille tout le d'arrache-pied et il n'a pas l'habitude de passer ses fins de semaine oisif. Par contre, comme tout était fermé (c'était samedi saint), il a décidé de nous amener à la plage. Une partie de sa famille vivait sur le rivage du golfe de Fonseca. Il connaissait bien l'endroit car il y avait travaillé comme pêcheur quand il avait entre 10 et 12 ans. Ses proches nous ont reçu-e-s avec un repas. On s'est baigné dans le golfe qui normalement est plutôt calme, mais en raison du fort vent, le rivage était, à mon grand plaisir, balayé de vagues. Mis-à-part m'être trempé les pieds dans le golfe du Mexique en Louisiane, je n'avais jamais vraiment eu l'occasion de me baigner (j'étais grippé quand je suis arrivé près des plages mexicaines).

Dimanche, on est retourné au golfe, mais cette fois, pour aller dîner sur une des îles. José connaissant bien le coin a déniché une barque à bon prix. On a traverser en s'éloignant un peu de la côte. J'ai vraiment pu voir pour la première fois l'océan Pacifique. J'avais déjà vu le golfe de Fonseca la veille et j'avais déjà traversé le détroit de Juan-de-Fuca lorsque j'avais fait le voyage de Victoria à Port-Angeles (pour ensuite me rendre à Seattle) avec mon ami Daniel, mais ce n'était jamais la mer ouverte. Sur l'île, on pouvait voir le Salvador, le Honduras et le Nicaragua en même temps. La mer était belle et le décor exotique. Au restaurant, on servait heureusement autre chose que du poisson. Les prix étaient relativement élevés pour mon budget, mais José m'a bien aimablement invité. En revenant, on est allé se baigner dans les sources chaudes au pied du volcan dont le nom m'échappe. Il y avait aussi de petits geysers qui bouillaient, mais on n'était pas là au bon moment et on n'a pas eu l'heur d'en voir un jaillir.

     

À gauche:en chemin vers l'île. À droite: le restaurant où on a dîné.


     

À gauche: en revenant de l'île, on est allé se baigner dans une source chaude. À droite: avant de partir, j'ai pu goûter à une version locale de la poutine!


Un cadeau pour anniversaire

Lundi, je devais partir tôt pour arriver à La Union assez tôt pour prendre la barque. José m'avait mis en contact avec une de ses connaissances qui fait le passage de la frontière. Un crevaison, un vent désagréable et une petite erreur de chemin ont fait en sorte que je suis arrivé un peu trop tard (la situation me rappelait celle de Ste-Geneviève). Le prochain départ allait être seulement dans deux ou trois jours, peut-être plus, ce n'était pas certain. Contourner le Golfe de Fonseca en passant par le Honduras allait me prendre plus ou moins le même temps, alors je n'ai pas hésiter trop longtemps. C'était dommage car j'aime vraiment entrer dans un pays par voie maritime, pour pouvoir mon montrer mon passeport dans un port comme je l'ai déjà fait en France, au Royaume-Uni au Maroc, en Espagne et aux États-Unis (oui je sais, comme je l'ai déjà dit, je m'amuse de pas grand-chose...).

Pour revenir à mon présent voyage, je suis donc passé par le Honduras. Comme c'était mon anniversaire, je m'étais dit que je pourrais aller passer la nuit dans un hôtel. À la fin de la journée, je suis entré dans un établissement plutôt morne de l'extérieur, mais qui s'est révélé être assez luxueux à l'intérieur. Je m'étais dit que ça serait sûrement trop cher, mais que je ne perdrais à demander le prix. C'était l'équivalent d'un peu plus de 60$. J'ai dit à la demoiselle de la réception que ça dépassait largement mon budget. Elle m'avait vu arriver en vélo et m'a demandé ce que je faisais ici. Je lui ai expliqué mon voyage, que j'avais manqué la barque pour traverser au Nicaragua (où je devais avoir un hôte) et que pour mon anniversaire, je voulais me faire le cadeau d'une chambre d'hôtel. Elle a voulu savoir si c'était vraiment ma fête, je lui ai montrer mon passeport. J'ai repris la balle au bond et j'ai essayé d'avoir un rabais pour mon anniversaire. Elle m'a dit que c'était impossible car le système de facturation était informatisé, par contre qu'elle pouvait me laisser passer une nuit gratuitement, si j'étais assez discret. Elle m'a toutefois suggéré de laisser un généreux pourboire à la femme de ménage, ce que j'ai évidemment fait. Même si c'était luxueux, j'ai eu pour compagnon un lézard dans la salle de bain, mais je ne suis pas aller me plaindre.


Vue de l'intérieur de l'hôtel pour lequel je n'ai pas eu à payer!




1. José résumait la situation ainsi. Les paysan-ne-s n'en pouvaient tout simplement plus de leurs conditions de vie misérables et ont tenté de s'organiser pour améliorer un peu leur sort. Le gouvernement américain ne pouvait pas tolérer que la «contagion communiste» se répande vers le nord (le Nicaragua voisin était déjà «affecté»). Il a donc appuyé logistiquement et financièrement la répression du mouvement de revendication, ce qui a fini par pousser ce dernier dans les bras de l'URSS. Dès lors, l'antagonisme américano-soviétique a pris de plus en plus de place dans le conflit, reléguant au second plan les revendications initiales du mouvement.