En face de Granada



Quai de Moyogalpa avec vu sur le volcan Concepcion.

Billet Nº37   •   18 avril 2015 Révision orthographique requise!
Billet non-traduit. ☹
Si vous voulez m'aider à réviser (français) ou à traduire (anglais, espagnol) ce billet, cliquez ici.




Apparemment, les touristes qui se rendent au Nicaragua le font principalement pour visiter trois lieux: Granada, Ometepe et San-Juan-del-Sur. Granada a été fondée pendant la période coloniale sur les rives du lac Nicaragua. Elle possède une architecture et certains traits urbanistiques qui rappelle un peu ceux du sud de l'Espagne. Même si chaque ville est unique, après avoir visité plusieurs autres «cités coloniales», au Mexique et au Guatémala, en voir de nouvelles perd un peu de son charme. C'était joli, mais je suis passé assez rapidement dans la ville, je voulais faire le chemin Managua-Ometepe en une journée. De toute façon, quand le tourisme se développe trop dans un endroit, je trouve que ça perd de son authenticité. Yogi Berra dirait sûrement que Granada est tellement populaire que plus personne n'y va. Même si le tourisme est également «trop développé» à Ometepe, j'y suis resté quatre jours. Quant à San-Juan-del-Sur, je n'y suis même pas allé.

Cathédrale de Granada. Ici, l'architecture rappelle plus le Mexique que l'Andalousie, mais ce n'est pas nécessairement le cas pour le reste de la ville. Crédit photographique: Jason Tang (mon compagnon de route pour deux jours). J'avais pris à peu près la même photo, mais la sienne a mieux sorti.



En route vers le Zopilote

Ometepe est une îles formée de deux excroissances volcaniques (les volcans Concepcion et Maderas – seul le premier est encore actif) situées dans le lac Nicaragua. Un traversier la relie à Granada de manière hebdomadaire, mais il est en réalité plus simple de se rendre dans la petite ville de San-Jorge, d'où il y a plusieurs départs par jour (en).

En chemin, j'ai rencontré Jason, un cycliste taïwanais qui parcourt le monde. Beaucoup de gens trouvent que j'ai trop de bagages, mais à ses côtés, je passe pour un poids plume. En raison de sa surcharge, il a un rythme plus lent (40 ou 50 km par jour), on a fait le trajet en deux étapes. Pour la première nuit, j'ai demandé (Jason ne parle pas espagnol) à une famille vivant sur le bord du chemin si on pouvait installer nos tentes sur leur terrain. Elle a accepté. C'était la première fois que j'abordais des étrangers de cette façon. Sur des sites webs comme couchsurfing ou warmshower, les gens s'inscrivent précisément dans le but de recevoir des gens, mais avec des inconnu-e-s, j'ai toujours peur de m'imposer. En fin de compte, nos hôtes et hôtesses ont bien apprécié notre présence. Jason les a bien divertis en jouant de son violon chinois. La musique, comme les mathématiques, sont deux langages universels paraîtrait-il, mais je ne suis pas convaincu que leur présenter, par exemple, le problème des sept ponts de Königsberg aurait eu le même effet.

     

À gauche: Jason, lourdement chargé, contemplant une bananeraie. À droite: Jason jouant du violon chinois pour la famille qui nous a bien aimablement hébergés.

La première impression que j'ai eu en débarquant à Moyogalpa, le principal village de l'île, n'a pas été trop bonne; c'était bondé de touristes. Le site a été développé en conséquence et a perdu l'âme qu'il a sans doute jadis possédée. On a rapidement fuit cette suroffre d'auberges, de restaurants, de bars, de cybercafés et d'excursions à pied, à joual ou en hélicoptère (non, pour l'hélico, j'exagère). Je comprends qu'on était nous même des touristes et qu'un peu de tout ça, ça peut être l'fun, mais trop c'est trop.

On est arrivé à la noirceur au Zopilote où on avait, Jason et moi, indépendamment planifié de passer la nuit. Ce lieu est situé relativement loin de l'entrée de l'île et la présence de touristes, bien qu'encore très marquée, est beaucoup moins exagérée qu'à Moyogalpa. Là-bas, installer sa tente coûte seulement 3$ et un hamac 2$ (mais j'avais pas de hamac). Le site est situé en haut d'une colline au bout d'un chemin inamical pour un cycliste et son vélo (même en marchant à côté). Puisque je comptais rester deux ou trois nuits, j'ai fait l'effort de monter mon vélo et tous mes bagages, mais a posteriori, je ne le recommandais à pas. Jason qui ne voulait rester qu'une nuit est rester en bas. J'ai négocié pour lui un prix de 1$ pour la nuit puisqu'il était loin des commodités. Il y avait des toilettes sèches, des douches, des casiers et de l'Internet sans fils. Le réseau s’appelait slowbutworking, mais moi je l'aurais plutôt appeler slowbutworkingsometime… Les deux douches fournissaient seulement un mince filet d'eau, mais cela suffisait pour la quarantaine de personnes présentes sur le site (il y avait beaucoup de hippies et sans vouloir être une langue sale, il faut avouer que ces personnes n'ont pas la réputation d'être les plus regardantes au niveau de l'hygiène personnelle). Assez étrangement, il y avait beaucoup de francophones sur le site, quelques européens, mais surtout des gens de chez-nous.

  Voici quelques un-e-s des francophones que j'ai rencontré-e-s sur le site. Le but de mon voyage est plus de rencontrer des gens locaux, mais ne pas être obligé de parler dans une langue étrangère tout le temps pour quelques jours m'a reposé un peu.



L'ascension du Maderas

Le moment le plus intéressant de mon séjour a été l'ascension du volcan Maderas. Celle-ci s'est effectuée avec trois américaines que j'avais rencontrées à mon arrivée, ainsi qu'avec Marco, un gars de la région d'Ottawa qui avait accroché son hamac près de ma tente. En fait son vrai nom c'est Marc, mais tout comme moi (je me présente comme étant Vicente) il change son nom pour que ce soit plus faciles à prononcer pour les hispanophones. Il a commencé son voyage au Mexique et compte se rendre au Pérou (le pays de sa mère) avec un budget de 10$/jour qu'il respecte scrupuleusement. Quant aux américaines, elles terminaient un séjour de quelques mois au Costa-Rica et étaient venues faire un tour au Nicaragua avant de rentrer chez-elles.

     

À gauche: Jason et moi en compagnie des trois américaines (Brittany, Lexie et Zahra). À droite: même groupe mais pris dans un contexte différent (les plus observateurs noterons qu'une des personnes a été remplacée par une autre).

Après environ une heure de randonnée bonne-enfant, on est arrivé à un mirador. Un guide de montagne était planté là et prétendait que c'est interdit de continuer seuls à partir de ce point. C'était faux et on a poursuivi notre chemin sans lui. Il était visiblement mécontent, mais il ne pouvait rien faire sinon tenter de nous effrayer avec des histoires d’excursions sans guide qui ont mal tourné. De toute façon, moi je me savais en bonne compagnie. Marc(o) avait escaladé deux jours auparavant l'autre volcan (celui qui est toujours en activité) et les filles avaient une carte. Bon c'était une carte griffonner sur bout de papier déjà déchiré, mais avec des indications comme «tourner à droite après l'arbre déraciné», c'était absolument impossible de se perde. En plus, le chemin ne devrait pas être trop difficile, puisque elles n'avaient pas apporté de chaussures, seulement des sandales.

La végétation change considérablement avec l'altitude. Ce n'est pas si haut, mais des nuages se forment par soulèvement orographique à partir d'environ la mi-hauteur du volcan; on entre alors dans le domaine de la forêt humide. On n'a pas réussi à voir beaucoup d'animaux, seulement quelques oiseaux (le plus beau est sûrement leur geai bleu local, mais on le voit partout sur l'île). Par contre à défaut de se faire voir, les singes hurleurs savent très bien se faire entendre. Leur rugissement est terrifiant et j'aurais pensé qu'il s'agissait d'un fauve si on ne m'avait pas averti (plusieurs personnes m'ont rapporté qu'il aurait même été échantillonné pour faire le cri du tyrannosaure dans Le parc jurassique).

     

Vers la mi-hauteur du volcan, on entre dans le domaine de la forêt humide.

J'ai eu beau rire de la carte des filles, on s'est quand même rendu au sommet sans se perdre. La descente a été un peu plus laborieuse par contre. Leurs sandales étaient devenues glissantes à cause de la boue. Elles ont donc complété la descente nu-pieds alors que moi, même avec mes chaussures de randonnée, j'ai peiné à le faire. On est revenu au mirador pour le couché du soleil, ce qui a donné de jolies photos, mais nous a par contre forcé a compléter le chemin du retours à la lumière de nos lampes frontales.

À gauche: Marc(o) qui se repose au sommet. Lexie est maintenant prête à prendre le maquis (ou à jouer au football). Au centre: Comme on peut voir, il ne fait pas chaud au sommet. À droite Zahra et Brittany, bien que nu-pied, franchissent les obstacles sans trop de difficulté.

De retour, alors qu'on s'apprêtait à souper, une des filles a commencé à se sentir mal, puis ça l'a été mon tour. Le lendemain on s'est rendu compte que la moitié des occupant-e-s du Zopilote avait été touchée, mais pour être franc, qu'une petite épidémie de ce genre éclose dans ce type d'endroit ne m'a pas trop étonné.

     

À gauche: À la fin de mon séjour sur l'île, j'ai pris le traversier Che Guevara pour rentrer à San-Jorge. À droite: Publicité électorale du Front sandiniste de libération nationale, avec une photo de leur chef, Daniel Ortega. C'est une des dernière chose qu'on voit lorsque le bateau s'éloigne du quai (mais on en voit partout dans le pays). Ce parti a joué un rôle prédominant dans la chute de la dictature des Samoza (soutenue par les États-Unis) à la fin des années 70 et a mené d'importantes réformes (notamment agraire) alors qu'il participait à un gouvernement de coalition, au début des années 80 ainsi après son élection en 1985. Tout ce qui a pu être gagné dans les années 80 a été perdu avec le retour de la droite en 1990 (entre autres exemples, on a ré-interdit l'avortement). Depuis leur retour au pouvoir en 2006, les sandinistes n'affichent clairement plus le caractère progressiste d’antan, mais continuent malgré tout à jouir d'une base solide dans les campagnes.

En me rendant au bateau, j'ai vu ce petit singe traverser la rue en gambadant sur ces deux pattes arrières, comme un petit Gildor Roy, avec une noix de coco dans les mains. Il venait de la voler dans un kiosque à fruits se trouvant sur le bord de la rue (je n'invente rien!). Il s'est ensuite réfugié dans un arbre.




Post Scriptum

  Contrairement aux centres pénitentiaires du Nicaragua, mon voyage n'a pas la chance d'être commandité par Coca-Cola...