La mince ligne invisible


Profil topographique du chemin entre Ibague et Calarca. Bleu: pente de moins de 6%. Jaune: entre 6 et 10%. Rouge: plus de 10%. Les chiffres (cliquez sur l'image pour une plus meilleure résolution) correspondent aux catégories de montées: 1 (>6km, >7%), 2 (>4km, 7%), 3 (>2km, >6%), 4 (>1km, 5%).

Billet Nº47   •   20 juillet 2015 Révision orthographique requise!
Billet non-traduit. ☹
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Après près de deux semaines de pause à Bogota et à Medellin, j'ai repris la route. Mon objectif à court terme était de me rendre à l'axe caféier qu'on dit être une des plus belle région de Colombie. De Bogota jusqu'à Ibagué, j'avais la gravité pour copilote, mais comme tout ce qui descend doit remonter (ah non, c'est pas ça?), j'allais devoir éventuellement m'attaquer à une nouvelle ascension. En fait l'axe caféier est formé d'une région centrale relativement plate sise entre les cordillères centrale et orientale du pays. Pour y accéder, j'allais devoir franchir la première de ces deux chaînes.

À gauche: Carte topographique de la Colombie. On voit clairement les Andes se séparer en trois cordillières distinctes. À droite: Le chemin d'Ibagué à Calarca. L'Alto-de-la-Linea se trouve à la frontière entre les départements de Tolima et de Quindio.


Mon plan était de partir très tôt le matin d'Ibagué pour me rendre jusqu'à La Bella, un petit village situé non-loin de Calarca. C'était seulement environ 80 km, mais près de 3200 m d’ascension vertical. Le point culminant du chemin, connu comme étant l'Alto-de-la-Linea (es), se trouve à 3270 m d'altitude à la frontière entre les départements de Tolima et de Quindio. Le cyclisme est vraiment développée en Colombie et plusieurs personnes m'avaient dit de redouter cet endroit.

Je voulais partir tôt, mais mes hôtes mon convié à déjeuner, je n'ai pas su leur dire non et je n'ai pu partir que vers 10h00. Je sais que c'est un drôle de problème, mais j'ai parfois de la difficulté à m'adapter à la très grande hospitalité des colombien-ne-s (c'est de loin, le peuple le plus hospitalier que j'ai rencontré dans mon voyage). Toujours est-il que je suis arrivé à Cajamarca, le dernier village avant le sommet, tard en après-midi. J'aurais du y passer la nuit, mais j'ai continué… La suite du chemin était un véritable mur vertical (l'inclinaison est supérieure à ~10% pendant environ 10 km et atteint jusqu'à 18% dans une courbe). Je m'étais délesté de beaucoup de bagage à Bogota, mais malgré tout je peinais à monter. En montant il faisait moins chaud. Au début c'était vraiment apprécié, mais à un certain point, il a commencé à faire vraiment froid. L'oxygène se raréfiait, je haletais. Il y avait beaucoup de trafic lourd et les camions semblait souffrir des mêmes problèmes que moi. Les côtes était difficile à monter et la raréfaction de l'oxygène devait sûrement affecter l'efficacité de leur moteurs.

Photos prises lors de l'ascension. C'était difficile monter, mais le décor en valait amplement la peine!


Passé 18h00, la nuit est tombée et un brouillard s'est levé. On ne voyait presque plus rien. Avec tous les virages serrée et l'absence d'accotement, j'avais peur d'être frappé par un camion. Il fallait que je m'arrête. J'ai à quelques reprise été contraint de m'arrêter à cause de la noirceur, mais dans ce cas-ci, mais s'il avait fait encore clair, j'étais à bout de souffle et frigorifié. Je n'étais plus capable de pédaler et je marchais à côté de mon vélo.

J'ai demandé à une famille de me laisser installer ma tente sur leur terrain. Elle a aimablement accepté, mais m'a aussi offert à manger: du riz, des fèves, du poulet et évidemment du café.... La mère s'est excusée de ne pas pouvoir m'offrir plus, mais ça l'aurait vraiment été déplacé de m'attendre à plus et de toute façon, c'était vraiment bon. Il n'y avait pas d'électricité dans la maison, mais un four à bois permettait de nous réchauffer et une lampe à pétrole nous éclairait. Après le repas, les enfant m'ont aidé à monter ma tente, ils étaient vraiment curieux et intéressés par mon matériel de camping.

À gauche: Un déjener offert par mes hôtes et hôtesses. À droite: Le père, le fils et une petite voisine.


Le lendemain matin, j'étais prisonnier de ma tente car il pleuvait relativement fort, mais ça c'est arrêté vers 8h00. On m'a invité à déjeuner et même à rester un jour de plus! Je suis par contre parti vers 9h30. Ça m'a pris prêt d'une heure pour faire les deux kilomètres qui manquaient. Au sommet, rien n'indiquait la frontière entre les deux département, avec un nom comme Alto-de-la-Linea, je m'attendais à voir une ligne peinte sur le sol, mais non, il n'y avait rien, j'étais déçu. Après environ 5 minutes de descentes, il y a un restaurant. La spécialité du coin, c'était de l'eau de pain de vesou chaude dans laquelle on fait fondre un morceau de fromage. Étant donné le climat rude, c'était bien apprécié et en plus ça donne de l'énergie. J'ai aussi mangé quelques bananes car les muscles de mes jambes et de mes cuisses étaient secoués de spasmes (je crois que manquais de potassium). J'ai complété la descente sans problème, prenant ici et là des photos quand le brouillard se dissipait. Arrivé à La Bella, j'étais épuisé mais fier d'avoir complété le chemin même si ça m'avait pris un jour de plus.

Lors de la descente, le décor aurait été sûrement aussi beau, mais le brouillard empêchait de bien voir. À gauche: le restaurant où j'ai essayé l'eau de pain de vesou avec fromage. À droite: un des rares moments où le brouillard s'est un peu dissipé.


Commentaire inutile (de la part d'un-e mathématicien-ne) à m'envoyer: Une ligne, ça n'a pas d'épaisseur, ça ne peut donc pas être mince.