À coup de bâton de baseball



Dans le nord du Pérou j'ai pensé m'acheter un bâton de baseball.

Billet Nº52   •   29 août 2015 Révision orthographique requise!
Billet non-traduit. ☹
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Connaissez-vous Paijan (es)? C'est une petite ville sur l'autoroute panaméricaine dans le nord du Pérou, située à mi-chemin entre Pacasmayo, et Trujillo. Moi, j'en ai entendu parlé pour la première alors que j'étais encore dans le sud de la Colombie. J'essayais à ce moment de rejoindre Jarek, le jeune cycliste avec qui j'avais roulé par intermitence depuis la Nouvelle-Orléans et qui était déjà rendu en Équateur. Alors qu'on essayait de s'entendre sur une route, il m'a fait savoir qu'il fallait impérativement éviter de passer par Paijan. Je lui ai demandé pourquoi. Il m'a alors brièvement expliqué que cette ville avait la réputation d'être un «cimetière de cyclistes».

 

On dit que Paijan est un cimetière de cyclistes. À gauche: monuments funéraires ensevelis par le sable sur la route de Paijan nous rappelant notre destin à tous et à toutes, la fosse commune du temps et de l'oubli (c'est pas de moi, c'est de Brassens). À droite: Le cimetière de Paijan.

Je ne savais pas trop quoi en penser, alors j'ai essayé de me documenter un peu. Son surnom de cimetière de cyclistes était très certainement exagéré (je n'ai lu aucun cas de mort), mais il n'en demeure pas moins que Paijan est connu sur les Internets comme étant une zone de haut risque. On peut lire plusieurs récits d'assaut relativement semblables. De deux à quatre complices arrivent sournoisement par l'arrière en moto ou en moto-taxi; ils projettent ensuite brusquement la victime contre le sol, puis, armés de bouts de bois ou de barres de fer, la passe à tabac et la dépouillent de tous ses biens.

J'ai passé par plusieurs endroits qui avaient la réputation, à tort ou à raison, d'être dangereux, mais je ne me suis pratiquement jamais senti en danger. Peut-être il y a une dose d'inconscience dans mon comportement, mais je crois que le fait de voyager en vélo me procure une certaine protection. Les voleurs agissent généralement avec un modus operandi précis et vont s'en prendre avec une routine bien huilée à des proies qu'ils connaissent déjà. Les cyclo-touristes sont trop peu nombreux pour constituer des cibles intéressantes. Bien entendu, il peut y avoir des voleurs un peu plus opportunistes que d'autres, le risque zéro n'existe jamais, mais voyager en vélo me semble tout de même être plus sécuritaire que de voyager en bus (voir par exemple le billet De l'origine des espèces). Toutefois, à Paijan, c'est différent, c'est un passage quasi-obligé pour les cyclo-touristes et en conséquences des bandes spécialisées dans leur détroussage se seraient développées

J'ai poursuivi mon enquête au-delà des Internets. J'ai entendu des histoires qui n'avaient rien de rassurantes. Mon hôte à Pasto, m'a raconté qu'il a déjà traversé la région en pouce avec un ami. Un camionneur les avait laissés monté à l'arrière dans la remorque, mais avait pris soin de leur donner à chacun un bâton de baseball pour repousser un éventuel assaut. Jason, le cycliste taïwanais avec qui j'ai roulé au Nicaragua, m'a dit qu'il y a moins d'un an, deux de ses compatriotes (qui ne se connaissaient pas) s'étaient faits attaquer. Plus récemment, alors qu'il traversait le désert de Sechura (es) (donc un peu avant Paijan), Jarek avait eu vent de l'histoire d'un cycliste japonais qui avait été violemment battu quelques jours auparavant (cette histoire m'a ultérieurement été confirmée par les deux cyclistes coréens que j'ai croisés). Mon hôte à Chiclayo a quant à lui déjà entendu dire que certains voleurs répandaient des clous sur la chaussée pour provoquer des crevaisons et dérober les malheureux accidentés…

La Place-d'Armes de la ville de Pacasmayo (à gauche) que j'ai quitté tôt le matin (au centre). Je suis arrivé à Trujillo sans problème (sauf un rayon qui s'est brisé) vers 17h00 (à droite). La photo a évidemment été prise plus tard en soirée.

J'ai longuement hésité à prendre l'autobus. Je m'étais dit que je me fierais à l'avis de mon hôte à Pacasmayo. Celui-ci s'est montré plutôt rassurant. Il m'a recommandé de passer tôt, de ne pas m'arrêter dans la ville (car cela donneraient du temps aux détrousseurs pour s'organiser) et que tout devraient normalement bien se passer. Le lendemain, je suis donc parti à 6h30 (j'ai perdu une demi-heure de clarté). Paijan, c'est seulement à 50 km, la route est presque sans relief et bien asphaltée, mais avec le vent qui est terriblement fort et les rafales de sable, on ne peut pas aller trop vite. C'est donc vraiment important de partir tôt (en plus le vent est beaucoup plus faible le matin). J'ai passé Paijan un peu avant midi. La ville elle-même ne semble pas être plus dangeureuse qu'un autre, je pense que c'est surtout que le fait que la route après (en direction de Trujillo) mais surtout avant (en provenance de Pacasmayo) soit quasi-désertique qui en fait un nid de bandits de grands chemins. Il ne m'est rien arrivé, mais j'imagine que c'est comme une loterie… Jarek quant à lui poussé l'audace jusqu'à camper dans la station service de l'endroit, c'était un peu téméraire, mais lui aussi a rejoint Trujillo sans égratignure et avec tous ses bagages.

 

À gauche: illustration de la force du vent qui souffle constamment vers le nord et qui contraint les rares arbrisseaux à pousser ainsi. À droite: hormis le vent et les rafales de sables, la route était parfaite (j'imagine que ça doit être vraiment l'fun aller vers le nord).

Paijan est sans doute une zone plus à risque, mais sa réputation me semble considérablement surfaite. Quand on cherche sur google: paijan+danger+cyclotourisme, c'est regarder le reflet de la situation dans un miroir grossissant. Par ailleurs, la légende de Paijan alimente la légende de Paijan. Plusieurs des récits qu'on peut trouver sur le sujet racontent en fait l'histoire de gens qui ont évité de traverser la ville en vélo (en prenant un autobus ou en faisant un éprouvant détour par la cordillère). Les personnes qui passent par là sans problème sont moins promptes à raconter comme je suis en train de le faire, que tout s'est bien passé. Il faut garder ça en tête pour avoir une image plus juste de la situation. Un dernier conseil de la part de Lucho, l'hôte de la maison de cyclistes de Trujillo: à Paijan, il ne faut absolument pas faire confiance à la police (là encore moins qu'ailleurs), ils servent d'informateurs aux bandes de voleurs (Lucho reçoit un bonne partie des cyclo-touristes qui passent dans le coin et beaucoup de témoignages mènent à cette conclusion).