La moitié du ciel



Photo prise à Ibague en Colombie.

Billet Nº77   •   8 mars 2016 Révision orthographique requise!
Billet non-traduit. ☹
Si vous voulez m'aider à réviser (français) ou à traduire (anglais, espagnol) ce billet, cliquez ici.




Je sais pas si vous avez remarqué, mais il se dit plein de niaiseries le 8 mars, autant dans les médias conventionnels que dans les médias sociaux. Par exemple, quelques-unes de mes amies sur Facebook prennent cette journée pour une seconde St-Valentin, postant des photos réclamant que leur conjoint leur apporte un déjeuner au lit… C'est pas du tout ça l'objectif. En fait, l'idée d'une Journée internationale des Femmes a été proposée par la délégation allemande (qui incluait notamment Clara Zetkin) lors de la seconde Conférence Internationale de Femmes Socialistes à Copenhague en 1910. Cette journée devait en être une de revendication et de lutte concernat les rapports d'oppression spécifiques aux femmes. Il n'y avait initialement aucune date de prévue, mais aux alentours de la première guerre mondiale, les féministes de quelques pays européens ont commencé à célébrer l'événement le 8 mars, date qui sera par la suite officialisée en URSS.



Planification familiale

À partir du sud des États-Unis, on peut commencer à voir pulluler des publicité «pro-vie», souvent payées par un organisme religieux. La morale chrétienne pèse beaucoup sur des questions comme le libre-accès à l'avortement. Par exemple, au Chili (pays dans lequel je me trouve au moment d'écrire ces lignes) l'avortement est illégal [...] en quelque situation que ce soit, depuis depuis 1989 (avant, il était permis pour les cas dits thérapeutiques). La fin de la dictature n'a rien changé à la situation, au contraire, en 2008, la pilule du lendemain a été interdite car, bien que générallement contaceptive (en empêchant la fécondation d'un ovule), elle peut parfois être contraceptive (en empêchant la nidification d'un ovule fécondé).

À gauche: Affiche en faveur du droit des femmes de disposer de leur corps: «mon corps, mon territoire, je décide». (Osorno, Chili). À droite: Message culpabilisant de l'Église catholique en défaveur du droit des femmes de disposer de leur corps, on y voit un fœtus disant, «Sauvez moi, je veux vivre» (Castro, Chili).

Dans mon voyage, j'ai visité quinze pays, d'après-vous dans combien de ceux-ci l'avortement est-il légal sur demande? Seulement deux, le Canada et les États-Unis. En fait on pourrait dire deux et demi, c'est aussi légal dans le district fédéral au Mexique, mais pas dans les autres États (sauf pour certains dans certaines circonstances: viol, avortement thérapeutique,etc.).

A contrario, dans trois pays, l'avortement est formellement interdit, quelques soient les circonstances: le Nicaragua le Salvador ainsi que le Chili déjà mentionné. Rappelons que le Nicaragua et le Chili sont dirigés pas des chefs d'État dit socialistes... Michelle Bachelet (présidente du Chili et directrice exécutive de l'ONU femme de 2010 à 2013!) a manifesté son intention de légaliser l'avortement pour certaines circonstances, mais rien n'est fait pour l'instant. La personne qui m'a hébergé à Managua s'est largement plainte du fait que du temps des sandinistes dans les années 80 l'avortement avait été permis, mais qu'au retour de conservateurs dans les années 90, il fut réinterdit. À son retour au pouvoir, Daniel Ortega, s’affichant maintenant fièrement comme socialiste et chrétien n'a rien fait pour changer la situation… Cette même personne m'a expliqué que sa fille, jeune adolescente, n'avait aucune copine avec qui jouer après les classes. Pourquoi? Parce que leurs parents, de peur de les voir tomber enceintes, enferment leurs adolescentes au retour de l'école (l'éducation sexuelle semble vraiment être un sujet tabou).

Double message message à La-Paz. À gauche: Affiche faisant la promotion du fait que les femmes devraient avoir leur mot à dire en matière de maternité. À droite: Evo Morales accueillant chaleureusement le pape François, chef d'une Église pour qui toute forme de contraception est un pêché.



Les femmes, ces maîtresses de maison

En utilisant des sites d'échange d'hébergement comme couchsurfing ou warmshower, ça donne l'opportunité de rencontrer des gens locaux, dans leur quotidien. Sans trop de surprises, j'ai pu constater que le lavage, la vaisselle, la préparation ds repas, l’éducation des enfants, etc. c'est surtout des affaires de femmes. Dans un couple, il n'y a évidemment rien de mal si un des conjoints veut librement s'occuper des ces choses pendant que l'autre travail à l'extérieur. Le problème, c'est que ce n'est pas toujours fait librement, que le conjoint en question est presque toujours la conjointe et qu'une relation de dépendance économique se crée envers le pourvoyeur (l'argent qu'il gagne est d'abord et avant tout son argent avant d'être celui du couple ou de la famille). Cette réalité-là existe aussi chez-nous, mais elle clarement exacerbée en Amérique latine, surtout dans les milieux populaires (l'oppression des femmes s'inscrit dans un système d'exploitation économique, pour abattre cette oppression, il faut abattre ce système).

Dès le plus jeune âge, on enseigne aux filles à être de bonnes ménagères. Je vous avais déjà parlé de l'adolescente au Salvadorqui ne m'a pas laissé finir mon lavage car elle était gêné de laisser un homme faire ce genre de travail (moi j'étais gêné de laissé une adolescente me servir comme ça). Les choses changent lentement, mais dans bien des familles, on élève les filles à être de futures épouses. Le plus sérieusement du monde, une mère, dans une région rurale de Colombie, m'a présenté sa fille de 17 ans comme étant un bon parti car elle savait bien tenir maison – je n'invente rien, je vous jure.

Dans les milieux populaires les mères de famille n'ont souvent pas le luxe de ne s'occuper que du foyer. À Cusco, il n'était pas rare de voir une cholita amener ses enfants passer toute la journée dans l'autobus où elle travaille à faire payer l'entrée aux client-e-s. D'autres plus «chanceuses» travaillent dans une boutique, ce qui laissait laux enfants un peu plus d'espace pour jouer que dans un autobus.

À gauche: Cholitas travaillant au champs, l'une d'entre elle porte un enfant sur son dos (Bolivie) À droite: Au Chiapas, des femmes vont faire la lessive près d'un puit. (Les photos sont prises de loin car les gens n'aiment pas qu'on les photographie comme des animaux; celle de droite a même dû être prise par un local).



Oppression des femmes et oppression nationale

Une question intéressante à aborder est de savoir comment s'articulent entre elles l'oppresion nationale et l'oppression des femmes. Par exemple, est-ce qu'un noir où un autochtone victime de racisme sera plus porté à se solidariser d'une femme victime de sexisme? Il n'existe évidemment pas de réponse unique à cette question, par contre, bien que je n'ai pas fait un travail d'enquête exhaustif sur le sujet, ça ne me semble pas malheureusement ne pas être généralement le cas. Pour donner un exemple parmi tant d'autre, je vais considérer celui de la nation kuna, un peuple autochtone vivant au Panama, près de la frontière colombienne).

En 1925, le gouvernement panaméen voulait raffermir son pouvoir dans la région. Il a donc tenté d'instaurer une série de mesures pour se «débarasser» des kunas en les assimilant. Une d'entre elles, très emblématique, était l'imposition du port de vêtements occidentaux aux femmes. La nation kuna a décidé de résister et est sortie victorieuse de son affrontement avec les forces panaméennes. Les vêtements traditionnelles féminins sont par la suite devenus un symbole de cette victoire.

Lors de mon passage, on pouvait encore voir beaucoup de femmes habillées avec leurs jambières et leurs tissus multicolores. Si certaines les portent fièrement, ce n'est pas la cas de toutes, les pressions familiales (de la part des hommes, mais aussi des femmes – mères et des grands-mères) sont pesantes. Pour certaines journées spéciales, il est même interdit, sous peine d'amende, de sortir avec des vêtements occidentaux (c'était le cas pour le congrès Kuna qui devait avoir lieu sur l'île d'Achutupo le lendemain de notre escale). Les hommes ne sont soumis à aucun code vestimentaires de ce genre et sont vêtus comme les autres panaméen. Interdire (comme le gouvernement panaméen en 1925) ou imposer (comme le gouvernement kuna en 2015) le port de certaines pièces de vêtements aux femmes, c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Personne ne devrait imposer aux femmes ce qu'elles devraient ou ne devraient pas porter, ce choix ne leur revient qu'à elles (ça ne vous rappelle pas le débat sur un autre bout de tissu ça...).

À gauche: Femmes kunas en habits traditionnelles. À droite: Murale à reprenant la célèbre photo de la grève des employé de la sanitation à Memphis. Le slogan I am a man! (en) faisait référence au fait que les euro-américains s'adressait aux afro-américains de manière infantilisante en utilisant le terme garçon (boy). Ici, on comprends que les grévistes n'étaient que des hommes, mais bien que les afro-américaines vivaient le même genre de discrimination, pourtant je ne me rappelle pas d'avoir vu aucune image d'archive avec le slogan I am a woman (Je suis une femme!).



Publicité

Les femmes-objets en publicité, un concept omniprésent en Amérique...

À gauche: Mannequin de femme aux seins hypertrophiés (Colon, Panama). À droite: Pour vendre de l'eau, rien de tel qu'un corps de femme (autoroute du Nicaragua).



Quelques grafitis en vrac

À gauche: Une jolie femme est une femme qui lutte (Victoria, Chili). À droite: Avortement illégal, violence estatal (Cusco, Pérou)

À gauche: Critique du système de justice argentin (San-Martin-de-los-Andes, Argentine). À droite:Dénonciation d'un cas de violence conjugale qui s'est terminé en meurtre (San-Martin-de-los-Andes, Argentine).